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Direction régionale du CSO

 

Retraites, tous perdants !

 

Travailler plus longtemps pour gagner moins, c’est ce que nous réserve le projet de réforme systémique préparé par le gouvernement. Voici pourquoi, point par point.

Les pensions vont-elles baisser ?
OUI
Si l’on ne se mobilise pas contre ce projet, c’est évident ! L’exécutif a affiché la couleur : la dépense publique consacrée aux retraites restera bloquée sous le seuil des 14% du PIB. Une règle d’or budgétaire fixée par Bruxelles. Seulement voilà : le nombre de retraités va doubler d’ici 2050 ! Avec plus de gens autour de la table pour un même gâteau (nos fameux 14%), les parts vont donc être plus petites ! L’OFCE chiffre d’ailleurs, en moyenne, à 25% la chute du niveau relatif des retraites d’ici 20 ans. La prise en compte de l’intégralité de la carrière pour le calcul des futures pensions, au lieu des 25 meilleures années pour les salariés du privé, ou les 6 derniers mois pour les fonctionnaires, va plomber le niveau des pensions futures. Là encore, nul besoin d’être expert pour comprendre que si l’on n’exclut plus les mauvaises années (chômage, bas salaires…), le montant de la retraite sera réduit. Les femmes, et tous ceux qui auront connu une carrière hachée, vont être les premiers à payer l’addition ! Cerise sur la gâteau, le montant des pensions dépendra de la valeur du point, qui sera fixée chaque année par le gouvernement. Cette valeur, qui deviendra une variable d’ajustement budgétaire, pourra baisser en fonction de la conjoncture économique, ou de l’augmentation de l’espérance de vie, comme cela a été le cas en Suède (lire ci-après)… A l’avenir, il faudra donc une boule de cristal pour connaître le montant de sa retraite.

 

Age légal, âge pivot, j’ai l’impression qu’on veut nous faire partir plus tard…
OUI
60, puis 62, bientôt 64 ans, voire 67 ans dans 10 ans… De réforme en réforme, l’âge légal de départ à la retraite et l’âge effectif auquel les salariés cessent leur activité reculent. Revenant sur sa promesse de campagne de ne pas toucher à l’âge légal de 62 ans, Emmanuel Macron a confirmé le 3 octobre, à Rodez (Aveyron), la nécessité de « définir » un « âge pivot » à partir duquel on pourra bénéficier d’une retraite pleine, sans décote. En clair, nous faire travailler plus longtemps en nous frappant au porte-monnaie si nous partons à l’âge légal. Le président de la République a aussi envisagé des mesures pour nous faire cotiser plus longtemps en cas de déficit du système. Le gouvernement veut ainsi adapter l’âge de départ à la retraite à l’augmentation de l’espérance de vie moyenne. Mais il n’y a rien de plus inégalitaire que cet indicateur, car l’espérance de vie dépend fortement des conditions de vie, de travail et de revenus. L’écart entre un cadre et un ouvrier est en moyenne de 6 ans. Allonger la durée de cotisation, reculer encore l’âge de la retraite, c’est clairement priver du droit à la retraite en bonne santé les salariés les plus modestes, ceux qui sont les plus exposés dans leur carrière. Quant aux salariés les plus qualifiés, entrés tardivement dans la vie professionnelle (autour de 27 ans), c’est la perspective de travailler au-delà de 68 ans qui s’annonce, si on ne reconnaît pas les années d’études dans le calcul de la retraite. Travailler plus longtemps est aussi un non-sens économique, alors que le taux de chômage des séniors reste élevé, à l’instar, d’ailleurs, de celui des 15-24 ans (20,8%).

 

Y a-t-il urgence à réformer ?
NON
Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, le reconnaît lui-même : notre système de retraites « permet de garantir à nos retraités un niveau de vie satisfaisant, tant en comparaison du reste de la population française qu’au regard de la situation qui existe chez nos voisins européens ». Aujourd’hui, les comptes sont quasiment à l’équilibre. Le ministre de l’Action et des Comptes publics, s’appuyant sur le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites, assure même que le déficit ne sera que de l’ordre de 15 milliards d’euros à l’horizon 2025. Cela représente 0,6% point du PIB, rien d’insurmontable à financer pour l’économie française ! Alors pourquoi une telle réforme ? Il s’agit bien sûr de continuer à réduire les cotisations sociales, comme ne cesse de le réclamer le patronat. Mais l’enjeu est bien plus lourd. Car le projet présenté par Jean-Paul Delevoye vise aussi à introduire la capitalisation, au détriment de la répartition – les cotisations des actifs permettant de financer les pensions – et de la solidarité, qui fondent tout notre système de retraites depuis 1945. Si elle était appliquée, la réforme, générant mécaniquement une baisse des pensions des futurs retraités, inciterait les plus aisés à chercher ailleurs de quoi les financer et à se tourner vers le privé. Pour eux, ce serait prendre le risque de soumettre leurs économies aux aléas des marchés financiers. Pour les autres, ce serait un système au rabais. Mais pour ces assurances privées s’ouvrirait un marché considérable !

 

Depuis la mise en place du régime à points, les retraités suédois se sont-ils appauvris ?
OUI
En Suède, près de 16% des personnes âgées de plus de 65 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en 2017 – selon les données communiquées par Eurostat -, soit plus du double qu’en France ! C’est l’une des conséquences majeures de la mise en place d’un système de retraite à points, il y a déjà plus de 20 ans. Dans ce pays scandinave, où l’intégralité de la carrière est prise en compte pour le calcul du montant de la retraite, le niveau de pension a ainsi baissé considérablement pour s’établir, aujourd’hui, à 53% du salaire de fin de carrière, contre 60% en 2000. La valeur du point y a, en outre, chuté à plusieurs reprises, en fonction de la conjoncture : de 3% en 2010 ; de 4,3% en 2011 ; et de 2,7% en 2014. Ce qui a eu pour conséquence immédiate d’engendrer une baisse des pensions. Le système des retraites à la suédoise, c’est encore l’ex-Premier ministre Göran Persson qui en parle le mieux : « Nous avons le meilleur système de retraites au monde, avec le seul petit défaut qu’il donne des pensions trop basses ». C’est ballot !

 

Je suis déjà retraité, suis-je concerné par la réforme ?
OUI
Certes la réforme est supposée ne s’appliquer qu’à partir de la génération née après 1963. Mais même les pensions des retraités actuels sont tout à fait susceptibles de baisser. En premier lieu, parce que les pensions resteront indexées sur l’inflation, ce qui est moins favorable que l’indexation sur les salaires. Par ailleurs, en demeurant sur une logique qui vise à ne pas accroître les recettes, l’augmentation du nombre de retraités dans les années à venir aura forcément un effet négatif sur le niveau des pensions actuelles, déjà fortement impactées par les mesures prises par ce gouvernement (hausse de la CSG, gel des pensions…). Il est donc indubitable que les retraités actuels les plus modestes vont trinquer.

 

Les solidarités subsisteront-elles si le projet est adopté ?
NON
Aujourd’hui, les périodes d’inactivité subies (chômage, maladie, maternité, invalidité) peuvent entrer dans le décompte des trimestres. Demain, avec la retraite à points, ces périodes ne généreront plus de droits. Le rapport Delevoye prévoit donc d’accorder des « points de solidarité » en compensation. Mais on ne sait pas combien, ni quelle sera la valeur de ces points. On ne peut être qu’inquiet pour l’avenir de ces dépenses de solidarité : elles seront plafonnées à leur niveau actuel, alors que le nombre de retraités est appelé à croître. Elles seront en outre financées par l’impôt et plus par cotisations. C’est source d’une grande instabilité dans un contexte de réduction des dépenses publiques. On passe ainsi de droits acquis et dus à tous, à des aides sociales consenties au nom de la solidarité nationale, pouvant être plafonnées ou soumises à conditions de ressources. Les femmes seront encore pénalisées en termes de droits familiaux. La majoration de 10% des pensions aujourd’hui accordée au 3ème enfant, pour chacun des parents, sera remplacée par une majoration de 5% au premier enfant. Mais le fait d’attribuer 5% à l’un des 2 parents au choix, comme le prévoit le projet, est dangereux pour les femmes : il a un risque de voir le choix opéré en faveur de celui des 2 parents qui a le plus gros salaire, et il s’agit très souvent de l’homme. Surtout, les majorations de durée d’assurance (MDA) qui octroient aux femmes 2 annuités par enfant dans le privé et 1 dans le public disparaissent ! Enfin, le droit à la réversion (pension versée au conjoint survivant) ne sera ouvert qu’à l’âge de 62 ans, contre, par exemple, 55 ans de nos jours au sein du régime général.

 

Est-il normal qu’un conducteur de bus de Lyon parte plus tard à la retraite que celui de Paris ?
NON
La CGT estime, au contraire, qu’il serait plus juste que tous les salariés qui exercent un métier pénible puissent partir plus tôt à la retraite. Le chauffeur de bus de Lyon devrait donc partir au même âge que son homologue exerçant à Paris. Rappelons que les régimes spéciaux en vigueur dans certaines entreprises (RATP, SNCF, EDF…) sont le fruit de l’histoire et de conquêtes sociales, comme c’est le cas pour les conventions collectives dans le privé. Faire de la fin de ces régimes un enjeu central de la réforme, en affirmant que l’on instaure plus d’égalité pour tous, est un leurre. Supprimer ces régimes est avant tout un choix politique visant à casser statuts et garanties collectives. Le gouvernement veut surtout tirer les droits de tous vers le bas ! Plutôt que d’opposer les salariés du privé et du public, il faut donc harmoniser tous les droits vers le haut.

 

La CGT est contre cette réforme, elle est donc pour le statu quo ?
NON
Pour sa part, la CGT milite en faveur d’une réforme des retraites qui améliorerait notre système actuel en assurant de meilleurs pensions pour toutes et tous. « La retraite ne doit plus être l’antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie », déclarait le fondateur de la Sécurité sociale, Ambroise Croizat, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, malgré ses défauts, nous avons l’un des meilleurs systèmes de retraites au monde. Notre modèle social, fond sur la solidarité et financé par les cotisations, a en effet servi d’amortisseur face aux différentes crises. Selon la CGT, le système doit donc évoluer sans pour autant voir modifier ses fondements. L’organisation syndicale revendique ainsi :de pouvoir partir à la retraite à taux plein dès l’âge de 60 ans ; d’avoir un revenu de remplacement à hauteur de 75% du revenu net d’activité, en prenant en compte les 10 meilleures années, et ce, avec au minimum une pension équivalente au Smic ; la comptabilisation des années d’études chez les jeunes pour le calcul de la retraite future ; la prise en compte de la pénibilité des métiers en harmonisant les dispositifs de départ anticipé ; et, enfin, l’indexation des pensions sur les salaires et non sur les prix.

 


Financer un meilleur système de retraite, est-ce vraiment réaliste ?
OUI
Si l’on mobilise les recettes là où elles se trouvent, plutôt que de repousser l’âge de la retraite ou de programmer la baisse des pensions, c’est indéniable. Puisque la population vieillit, il faut augmenter la part de la richesse créée dévolue au financement des retraites ? A court terme, dans la mesure où le gouvernement cherche à stabiliser les caisses de retraite, l’argent est tout trouvé ! Il faut mettre fin aux exonérations de cotisations sociales patronales, dont l’inefficacité en termes d’emploi n’est plus à démontrer. Une telle mesure rapporterait quelque 20 milliards d’euros à la Sécu. Il faut aussi taxer les profits financiers, alors que notre économie bat des records en matière de distribution de dividendes. Une contribution sociale sur ces revenus financiers générerait, au bas mot, 30 milliards d’euros par an. La CGT propose aussi d’élever le taux de cotisation de 0,2 à 0,4 point par an, ce qui représenterait en moyenne une augmentation de 1,60 euros par mois pour les travailleurs, et de 2,40 euros par mois pour les employeurs. Enfin, une politique résolument tournée vers l’emploi et les salaires permettrait bien entendu d’augmenter les recettes de la Sécurité sociale pour financer les retraites. Par exemple, l’application d’une réelle égalité salariale entre les femmes et les hommes ferait entrer plus de 6,5 milliards d’euros dans les caisses de la protection sociale.


 

Ensemble, la CGT

 

 

 

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